Denis PARMENTELOT - Direction Départementale de l’Agriculture et de la Forêt des Vosges
Le département des Vosges est très boisé ; la densité de forêt et les espèces présentes varient en fonction du relief. Plusieurs catastrophes ont affecté la forêt vosgienne au cours du temps, mais elle demeure une filière importante de l’économie locale, sans oublier le rôle essentiel qu’elle occupe en matière environnementale.
Au début du siècle dernier, la forêt vosgienne occupait 210 000 hectares (ha) pour 282 000 aujourd’hui représentant un taux de boisement de 48%, ce qui en fait le troisième département français le plus boisé après les Landes et le Var. Sur le plan de la production globale valorisée de bois d’œuvre feuillus et résineux, le département des Vosges se place en première position au niveau national.
La zone de montagne est très boisée (60% de sa surface), alors que dans la zone de plaine le taux de boisement n’est que de 30%. On y trouve quasiment autant de surfaces forestières de feuillus (52%) que de résineux (48%), avec toutefois une concentration des espèces résineuses (pins, sapins, épicéas) dans la montagne vosgienne à l’est, alors que les essences feuillues (chênes et hêtres) sont localisées à l’ouest en plaine. Des bois mitraillés sont encore présents dans de nombreuses forêts du massif vosgien ; fortement dépréciés, ils sont difficilement commercialisables ce qui retarde leur résorption.
La forêt vosgienne est essentiellement publique, environ 66%, dont 46% sont des forêts communales (19% au niveau national). Elle se répartit sur 507 des 515 communes du département. L’association des communes forestières vosgiennes regroupe plus de la moitié des communes concernées.
La forêt privée est particulièrement atomisée : 48 000 propriétaires pour 96 000 ha, deux tiers possédant moins d’un ha, et 81 propriétaires plus de 100 ha.
Globalement, la récolte du bois dans les Vosges se situait avant 1999 autour de 1 600 000 m3 par an : 60% de résineux et 40% de feuillus. Après une diminution sensible dans les années qui ont suivi la tempête du 26 décembre 1999, la récolte retrouve progressivement ce niveau de référence.
Aucun secteur du département n’a été épargné, mais des zones ont été particulièrement touchées dans l’ouest (Neufchâteau) et le nord-est (Raon-l’Étape). Les dégâts représentent 11 millions de m3, soit 7 années de récolte (36% de feuillus et 64% de résineux). En surface c’est l’équivalent d’environ 30 000 ha, soit 10% de la superficie forestière du département. La perte financière pour les propriétaires peut être estimée à 300 millions d’euros. Une grande majorité de ce volume a pu être commercialisée, voire exportée, en dépit d’une conjoncture défavorable, mais aussi grâce à une conservation du bois tombé meilleure que prévue.
Dans le cadre de la mise en place du plan chablis dans les Vosges, 50 aires de stockage d’une capacité d’un million de m3 ont pu être financées et mises en place. Le déstockage a pris fin en 2004. Seules quelques aires de stockage privées seront pérennisées.
Six ans après la tempête, plus de 95% de la surface détruite a été nettoyée et la desserte forestière endommagée a été remise aux normes modernes. La reconstitution des peuplements forestiers détruits est bien avancée, atteignant 80% de la surface détruite. En dehors des forêts domaniales (20% de la superficie), les subventions pour la réalisation de ces travaux totalisent 50 millions d’euros entre 2000 et 2007, auxquels il convient d’ajouter des aides budgétaires attribuées aux communes sinistrées à hauteur de 24 millions d’euros depuis 2000.
Au-delà de la perte financière immédiate pour les propriétaires forestiers sinistrés, la tempête de 1999 a profondément perturbé l’économie du bois. Pour les propriétaires, les récoltes sanitaires d’épicéas détériorés par les scolytes (plus de 200 000 m3 au total) et de sapins ou de hêtre dépérissants suite à la sècheresse et à la canicule de 2003, sont venus aggraver davantage leur situation financière.
Si les scieries résineuses ont bénéficié de l’effondrement des cours pour retrouver un certain équilibre financier, les scieries feuillues ont souffert d’un renchérissement du chêne et d’une totale mévente des sciages de hêtre.
En 2006 et 2007, les propriétaires ont bénéficié d’une augmentation sensible des cours du bois, tout particulièrement sur ceux des résineux blancs (sapin et épicéa) pour le bois d’œuvre. Cette tendance s’est infléchie depuis le début 2008. Les cours du bois d’industrie sont également en forte augmentation du fait notamment du développement du bois énergie.
Plan chablis
Le plan chablis a été décidé par le gouvernement et annoncé par le Président de la République au lendemain des tempêtes des 26 et 27 décembre 1999.
Ce plan d’une ampleur sans précédent dans l’histoire de la forêt française a programmé des actions successives liées à l’avancement des travaux pouvant être engagés :
- réouverture des voies d'accès ;
- inventaire, estimation et cartographie des dégâts ;
- exploitation des bois comprenant la création de nouveaux accès en forêt, des aides au transport, la création d'aires de stockage, des aides à la mécanisation des travaux forestiers ;
- nettoyage et reconstitution des peuplements forestiers détruits.
Il est remarquable de souligner que ce plan qui était annoncé sur une période de 10 ans continue à être mobilisé et prendra fin en 2009 avec les derniers dossiers de reconstitution.
Le typographe
Le typographe est un insecte coléoptère de la famille des scolytidés. L'adulte a une longueur de 4,5 à 6 mm. Il est caractérisé par le nombre de dents (4 par élytre) présentes sur les ailes à son extrémité abdominale.
Dégâts
Consécutivement à la colonisation et au développement larvaire sous-cortical, les tissus conducteurs de sève sont détruits ou envahis par des champignons. La colonisation est toujours massive en raison de l'existence de phéromones d'agrégation. La mort de l'arbre attaqué intervient dans les semaines ou mois après la fin du développement des scolytes sous l'écorce. Le typographe est un ravageur secondaire attaquant de préférence des arbres fraîchement abattus, affaiblis ou mutilés. Cependant, dans des circonstances particulières (chablis...), du fait d'un fort accroissement des populations, il devient un ravageur épidémique et peut alors coloniser des arbres peu affaiblis ou sains. L'insecte acquiert ainsi un comportement de ravageur primaire. Les champignons véhiculés par les scolytes sont des agents de bleuissement qui accroissent la dévalorisation des bois colonisés même récoltés rapidement.
Département de la Santé des Forêts - juin 2004
La présence de cette ressource forestière importante et de qualité a permis le développement de la filière bois, assurant plus de 13 000 emplois dans 1 200 entreprises réparties dans les secteurs :
- de gestion forestière et travaux forestiers : sylviculture et aménagement ;
- d’exploitation forestière : bûcheronnage et débardage ;
- de première transformation du bois : sciage dont la qualité est primordiale, en témoigne le label «Sélection Vosges» mis en place en 1988 pour les sciages résineux ;
- de seconde transformation du bois : menuiserie et ameublement, principalement dans l’ouest du département ;
- des industries du bois : papier avec l’une des premières papeteries françaises (Clairefontaine), pâtes (Norske Skog à Golbey), panneaux (Egger à Rambervillers), emballages.
La filière bois représente globalement le quart de l’activité industrielle du département.
Même si la production de bois, à laquelle s’ajoute la chasse, est la seule fonction actuellement rémunératrice pour les propriétaires, d’autres fonctions se développent :
- lutte contre l’effet de serre : le bois énergie est très développé avec une quarantaine de chaufferies collectives et un pôle d’excellence rurale visant la valorisation des coproduits forestiers.
- les activités de loisir de pleine nature dont certaines sont favorisées (randonnée pédestre, randonnée équestre, VTT, raquettes, ski de fond, cueillette de champignons …) et d’autres réglementées (quads, motos «vertes» …). Toutefois, des conflits d’usage commencent à apparaître et nécessitent une démarche de concertation associant l’ensemble des usagers.
- la forêt est le milieu qui est le plus riche sur le plan de la biodiversité. Elle contribue également de manière efficace à la protection de la ressource en eau et à la préservation des milieux et des espèces animales et végétales.
Les propriétaires privés entretiennent 90 000 ha de forêt, soit 16% du territoire vosgien. Des outils d’aménagement forestier restent à développer afin de faciliter la gestion des surfaces forestières morcelées. L’industrie du bois et de l’ameublement représente 14% de l’emploi industriel vosgien, soit 3 points de moins que l’industrie agro-alimentaire (17%).
Les professionnels réfléchissent à une meilleure valorisation de la ressource locale sous forme de produits finis. La réflexion va se poursuivre en ce sens au sein de l’interprofession GIPEBLOR. L’apport de valeur ajoutée aux sciages pourrait permettre aux scieries un développement de leur activité, sans augmentation de leurs besoins en matière première.
Par ailleurs, l’Office National des Forêts s’est engagé à développer la contractualisation de manière importante dès mars 2008. Les premières réunions ont eu lieu. Cette démarche est indispensable pour consolider les industries de transformation et privilégier les circuits locaux.
Enfin, la forêt vosgienne fait partie des facteurs d’attractivité qu’il faut préserver.
La spécificité des scieries feuillues
Si le département est surtout connu pour ses nombreuses scieries résineuses, une part importante de la production de bois d’essences feuillues est également transformée sur place.
La situation des scieries feuillues vosgiennes est à analyser de manière différente entre les deux principales essences que sont le chêne et le hêtre.
Pour ce qui concerne le chêne, l’activité de sciage est limitée sur le département et l’essentiel de la récolte est transformé à l’extérieur des Vosges. Les cours, bien qu’ils n’aient que peu diminué après la tempête de 1999, sont constamment à la hausse et atteignent des niveaux particulièrement élevés. L’activité de sciage est concurrencée par d’autres secteurs tels que la tonnellerie.
La ressource en hêtre est en revanche à la fois abondante et à un niveau de prix qui a chuté de près de 50% depuis la tempête de 1999. Cette diminution rapide et importante a provoqué la fermeture d’un grand nombre de scieries en Lorraine et dans les Vosges en particulier.
À la différence de toutes les autres essences, la récolte de hêtre est susceptible d’augmenter (notamment dans les forêts communales du département) dans les prochaines années dans l’hypothèse où les cours du bois repartiraient à la hausse.
C’est avec cette essence que la part des ventes passées par l’Office National des Forêts (ONF) sous forme de contrats d’approvisionnement est la plus élevée. Ces contrats annuels, passés entre l’ONF et les entreprises, sont rendus possibles depuis 2005 par la nouvelle loi de développement des territoires ruraux.
À noter le projet d’implantation d’une très importante scierie de hêtre sur la zone de Nomexy. Ce projet mené par un industriel allemand (Ets POLLMEIER) devrait à terme transformer 250 000 à 300 000 m3 de grumes par an et créer près de 150 emplois.
Label Sélection Vosges
1987 - S’appuyant sur les richesses d’un environnement naturel exceptionnel, les scieries de résineux les plus dynamiques de Lorraine décident de se regrouper sous la marque Sélection Vosges.
Avec plus de 350 000 m3 de sciages, les scieries Sélection Vosges se présentent en leader de la scierie française de résineux.
Fortes de leur potentiel, elles s’appuient sur un massif forestier naturel d’une rare qualité valorisé au travers d’équipements industriels puissants et performants.
Les entreprises s’engagent au travers de la charte obligatoire de leur marque, pour plus de performances et de qualité au service de leurs clients.
Sélection Vosges met à la disposition de ses clients des informations techniques :
- sur différents aspects liés à la vente, l’utilisation et la mise en œuvre des sciages résineux ;
- sur le traitement insecticide et fongicide des sciages destinés à la construction selon l’usage du bois ;
- sur l’emploi des sections optimisées pour la réalisation de planchers et toitures selon les différentes portées et charges appliquées sur l’ouvrage ;
- sur les sections, longueurs, colisage ;
- sur les caractéristiques, anatomiques, physiques, mécaniques des bois.
Les règles de tri/classement des sciages sont conformes aux normes européennes en vigueur.
www.selection-vosges.com

Économie Lorraine N° 158-159
Février 2009