Philippe DEBARD - INSEE Lorraine
Le département des Vosges, porte de la Lorraine sur l'Alsace et la Franche-Comté, présente un relief composé d'une zone de moyenne montagne à l'est et d'une plaine à l'ouest. Son armature urbaine repose sur Épinal, son chef-lieu, Saint-Dié-des-Vosges et Remiremont, ainsi que sur des agglomérations plus modestes, isolées dans la plaine ou s'étirant dans les vallées, mais qui assurent un réel maillage du territoire.
L'eau et le bois, très présents, sont à l'origine d'activités industrielles fort anciennes tels le papier et le verre, et l'emblématique textile des Vosges.
Profitant d'un environnement naturel remarquable, le tourisme est devenu une activité économique majeure qui se pratique aussi bien l'été que l'hiver, mais reste dépendante des aléas climatiques.
Plusieurs axes routiers irriguent le département dans le sens nord-sud, mais les liaisons internes souffrent de l'absence d'un axe performant dans le sens est-ouest. L'arrivée du TGV Est-européen a renforcé son attractivité, en attendant de venir se greffer au TGV Rhin-Rhône.
Les réflexions en cours sur le devenir des sites de Juvaincourt et Damblain et le projet de canal Saône-Moselle représentent autant de chantiers possibles pour de futurs éléments structurants.
Le département des Vosges occupe le sud de la Lorraine. Il est limitrophe au nord de la Meurthe-et-Moselle et de la Meuse et il est la porte de la Lorraine sur l'Alsace à l'est et la Franche-Comté (Haute-Saône et Territoire de Belfort) au sud. Enfin, il jouxte la Haute-Marne à l'ouest.
Créé en 1790, il se vit adjoindre la principauté de Salm (enclave indépendante autour de Senones) en 1793, et la région de Schirmeck initialement incluse dans le Bas-Rhin en 1795.
En 1871, par le traité de Francfort, l'Allemagne annexa une petite partie des Vosges : le canton de Schirmeck et la moitié du canton de Saales dont les communes restées françaises formèrent un nouveau canton, avec Provenchères-sur-Fave comme chef-lieu. Les territoires ainsi perdus furent rendus à la France par le traité de Versailles en 1919, mais restèrent alsaciens, rattachés au Bas-Rhin.
Le département tire son nom du massif des Vosges (issu du dieu antique Vosegus) qui occupe une grande partie de son territoire et marque la frontière naturelle entre la Lorraine et l'Alsace. Celui-ci appartenait auparavant à un ensemble plus vaste qui fut scindé en deux lors de la création de la faille rhénane à l'époque tertiaire, et aboutit à la formation de la vallée du Rhin, bordée du massif des Vosges et de la Forêt Noire.
Géographiquement, les Vosges sont découpées en deux parties distinctes de part et d'autre d'Épinal. L'est, tantôt granitique, tantôt gréseux, est une zone de moyenne montagne, couverte de forêts de résineux (épicéas, pins et sapins), et 47 de ses communes sont incluses dans le parc naturel régional des Ballons des Vosges. Il abrite le point culminant du département au Hohneck (1 363 m) sur le territoire de la commune de La Bresse, alors même que le sommet du massif est le Grand Ballon (autrefois Ballon de Guebwiller) qui atteint 1 424 mètres d'altitude, mais est situé dans le Haut-Rhin. Deux des principales rivières de Lorraine y prennent leur source : la Moselle à Bussang sur les pentes du Grand Drumont, et la Meurthe entre le Hohneck et le col de la Schlucht.
Les glaciations du quaternaire y ont laissé des traces sur le relief, creusant de larges vallées en auge, laissant nombre de lacs et de tourbières et donnant au massif cette forme de ballons. La myrtille, communément appelée brimbelle, et la jonquille fêtée tous les deux ans à Gérardmer, en sont les emblèmes. Quant à la «ligne bleue des Vosges» louée par les écrivains romantiques et sur laquelle court la route des crêtes, véritable balcon panoramique, elle demeure la citation identitaire la plus forte du massif.
L'ouest est une région de plaines et de collines avec une alternance de surfaces agricoles et un couvert de feuillus. Cette partie comprend notamment la Vôge et le Xaintois, les forêts de Darney, Neufchâteau et Mureau (environs de Grand). L'eau y est également un élément important à travers le thermalisme et l'embouteillage, alors que la Saône y prend sa source à Vioménil.
Le département présente ainsi la particularité d'être à cheval sur trois bassins fluviaux : celui du Rhin avec la Moselle et ses affluents, dont la Vologne et la Meurthe, celui du Rhône par la Saône, et celui de la Meuse qui draine l'extrême-ouest où elle reçoit le Vair.
D'une superficie totale de 5 874 km², le département des Vosges est constitué de 3 arrondissements, 31 cantons et 515 communes, pour une population estimée à 380 000 habitants au 1er janvier 2006. Épinal chef-lieu du département compte environ 34 000 habitants et son agglomération 61 000, ce qui en fait la cinquième unité urbaine lorraine et l'élément essentiel de la structure urbaine du département. Les deux autres agglomérations d'importance sont Saint-Dié-des-Vosges et Remiremont avec respectivement environ 29 000 et 22 000 habitants.
Par ailleurs, 26 autres pôles urbains de plus de 2 000 habitants assurent le maillage du reste du département. Ils sont de taille modeste mais jouent un rôle essentiel dans l'animation des territoires ruraux qui les entourent : Mirecourt (yc Poussay, Mattaincourt et Hymont), Neufchâteau, Liffol-le-Grand, Vittel et Contrexéville dans la Plaine ; Charmes (yc Essegney et Langley), Vincey, Nomexy (yc Châtel-sur-Moselle), Arches (yc Archettes) et Pouxeux (yc Jarménil) sur l'axe mosellan ; Uxegney (yc Darnieulles) à l'ouest d'Épinal ; Rambervillers (yc Saint-Gorgon) sur les bords de la Mortagne ; Raon-l'Étape et Moyenmoutier (yc Étival-Clairefontaine, La Voivre, Senones, La Petite-Raon et Vieux-Moulin) dans les vallées de la Meurthe et du Rabodeau ; Cheniménil (yc Docelles) et Granges-sur-Vologne (yc Aumontzey) dans la vallée de la Vologne ; Bruyères (yc Laval-sur-Vologne et Champ-le-Duc) ; Anould (yc Saint-Léonard, Mandray, Saulcy-sur-Meurthe et Ban-sur-Meurthe-Clefcy) et Fraize (yc Plainfaing) dans la haute vallée de la Meurthe ; Gérardmer (yc Xonrupt-Longemer) ; La Bresse (yc Cornimont, Ventron, Saulxures-sur-Moselotte et Thiéfosse) et Vagney (yc Saint-Amé, Le Syndicat, Sapois, Cleurie, La Forge et Le Tholy) dans les vallées du Chajoux, de la Moselotte et du Cleurie ; Rupt-sur-Moselle et Le Thillot (yc Ferdrupt, Ramonchamp, Le Ménil, Fresse-sur-Moselle, Saint-Maurice-sur-Moselle et Bussang) dans la haute vallée de la Moselle ; Le Val d'Ajol et Xertigny dans la Vôge.
La diversité des ressources naturelles est à l'origine d'activités économiques qui ont débuté très tôt dans les Vosges, notamment grâce à la présence de deux atouts indispensables en matière d'énergie : l'eau et le bois.
L'eau a depuis l'époque romaine donné lieu à l'exploitation de ses vertus thermales à Plombières-les-Bains, avant d'être connue pour les mêmes raisons à Bains-les-Bains, Contrexéville et Vittel. Au 19ème siècle, sa force motrice s'est mise au service de l'industrie, notamment textile. On note la création d'une filature en 1806 à Senones. L'ensemble des vallées se couvrira par la suite de filatures et de tissages (Moselle, Moselotte, Plaine, Rabodeau, Vologne, etc.), particulièrement après la défaite de 1870 et l'arrivée de nombreux industriels alsaciens qui refusaient l'annexion, plaçant le département en position de quasi mono-industrie dédiée au textile.
Les cours d'eau associés à la présence du bois ont également favorisé l'implantation de scieries et d'établissements de l'industrie papetière en entraînant mécaniquement les moulins, alors que la pureté de l'eau permettait qu'elle serve de fluide pour la fabrication du papier. Le plus ancien moulin à papier serait la papeterie Rolin à Épinal qui daterait de 1509. Quant aux papeteries, elles sont apparues dès 1478 à Docelles, 1557 à Arches, 1736 à Laval-sur-Vologne, et 1858 à Étival-Clairefontaine. Dans l'ouest du département, c'est l'industrie du meuble qui a longtemps façonné l'activité dans les environs de Neufchâteau, notamment à Liffol-le-Grand. Par ailleurs, depuis le 17ème siècle, Mirecourt est renommée pour la lutherie, et depuis 1796 Épinal célèbre par son imagerie créée par Pellerin.
Aujourd'hui, l'eau est toujours source d'activités dans l'embouteillage et/ou le thermalisme à Bains-les-Bains, Contrexéville, Plombières-les-Bains et Vittel, alors que le souvenir seul en demeure à Bussang et Martigny-les-Bains. Quant à la forêt, elle couvre 282 000 hectares, soit 48% du territoire, et place les Vosges au 3ème rang des départements français dans la production de bois exploité, tout en constituant un élément majeur du paysage, apprécié tant des habitants que des visiteurs.
D'autres matières premières telles le sable fin, la chaux et les fougères pour la potasse, ont favorisé l'émergence de la verrerie. Ainsi, dès le 14ème siècle, des maîtres verriers venus de Bohême s'installent à Hennezel, avant que nombre de fours à verre ne soient édifiés en forêt de Darney. La fabrication passe plus tard à un stade industriel avec à partir de 1705 la création de la verrerie de Portieux et en 1901 celle de Gironcourt-sur-Vraine.
Enfin, dès le 16ème siècle, des mines d'argent étaient exploitées à La-Croix-aux-Mines, et des mines de cuivre au Thillot.
Profitant d'un environnement naturel remarquable, le tourisme est devenu une activité économique majeure du département, qui se pratique aussi bien l'été que l'hiver.
Il est souvent qualifié de familial du fait des activités offertes. Les balades et randonnées sont multiples en forêt et en montagne, principalement dans les Hautes-Vosges. La plaine joue quant à elle la carte du tourisme thermal célèbre par la renommée de ses eaux.
Le tourisme est aussi fortement présent dans les Vosges durant la saison hivernale où le relief a permis la création de stations de ski, dites de moyenne montagne, notamment dans la partie méridionale du massif, la plus élevée. On y dénombre 13 stations de sport d'hiver disposant de 93 pistes et de 90 remontées mécaniques, dont la plus importante, en termes d'étendue du domaine skiable et de fréquentation est celle de La Bresse.Toutefois, les sports d'hiver restent soumis aux conditions climatiques. Après l'enneigement remarquable de l'hiver 2006, les deux dernières saisons ont été marquées par une raréfaction des chutes de neige qui a grandement affecté l'activité.
Plusieurs axes routiers jouent un rôle majeur dans les déplacements au sein des Vosges et dans les échanges avec les départements limitrophes et les pays étrangers voisins : la RN57 qui relie Épinal et Remiremont à Nancy (54) au Nord et à Luxeuil-les-Bains et Vesoul (70) au sud ; la RN59 qui de Saint-Dié-des-Vosges ou Raon-l'Étape, permet de rallier Lunéville (54) au nord et Sélestat (67) à l'est ; les D415, D417 et RN66 qui franchissent les cols du Bonhomme, de la Schlucht et de Bussang en direction de Colmar et de Mulhouse (68).
Mais si la RN57 et la RN59 ont été mises à 2x2 voies dans leur traversée des Vosges, des travaux identiques restent à mener dans leur prolongement en Haute-Saône jusqu'à Luxeuil-les-Bains et Vesoul, et en Meurthe-et-Moselle jusqu'à Lunéville, pour achever le désenclavement des Vosges.
La réouverture en octobre 2008, après des travaux de mise aux normes conformément aux exigences actuelles de sécurité, du tunnel Maurice Lemaire entre Lusse (88) et Sainte-Marie-aux-Mines (68), fermé aux poids lourds depuis mars 2000 et aux voitures depuis avril 2004, a permis de retrouver un axe d'échange avec l'Alsace.
Toutefois sur la RN66, malgré la déviation de Rupt-sur-Moselle ouverte en septembre 2007, la circulation reste difficile dans la haute vallée de la Moselle, dans la traversée des agglomérations qui s'échelonnent jusqu'à Bussang. Et surtout, le département souffre encore de l'absence d'un axe performant dans le sens est-ouest, de Neufchâteau à Saint-Dié-des-Vosges via Épinal.
Dans le domaine ferroviaire, l'arrivée récente du TGV Est-européen a nettement raccourci les distances-temps en mettant Épinal à 2h20 de Paris, Remiremont à 2h40 et Saint-Dié-des-Vosges à 2h30. Mais le train fait peu partie du paysage vosgien : seules 38 communes possèdent une gare-voyageurs. Quant au ferroutage, il pourrait être une réponse à la problématique du transport du bois.
Il reste par ailleurs à réaliser l'électrification de la ligne Épinal-Belfort qui établira une communication entre le TGV Est-européen et le TGV Rhin-Rhône, dont la mise en circulation est prévue pour fin 2011, et au-delà la Méditerranée. Pour les Vosges, cette liaison avec un arrêt à la gare nouvelle de Méroux (90), entre Dijon et Mulhouse, est d'importance car elle constitue une opportunité d'ouvrir les échanges, qu'ils soient de personnes ou de marchandises, vers le Sud et la Suisse. Et au nord, cette ligne trouve son prolongement naturel dans celle d'Épinal-Nancy-Metz-Luxembourg qui draine le Sillon lorrain, d'où l'attente des Vosgiens et leur soutien apporté au projet de la gare de Vandières (54).
Le département compte un aéroport actif, celui d'Épinal-Mirecourt, situé sur le territoire de la commune de Juvaincourt. Géré par la Chambre de Commerce et d'Industrie des Vosges, en partenariat avec le Conseil Général des Vosges, propriétaire depuis 2007, l'aéroport dispose d'une des plus longues pistes de France (2 950 mètres), large de 45 mètres et doublée d'un taxiway et de nombreuses aires de stationnement. Il peut recevoir quasiment tous les types d'avions. Son activité se compose de vols d'affaires, vols charters, aviation privée et, pour plus d'un tiers du trafic annuel, de vols d'entraînement (formation des équipages civils et militaires). Toutefois, et notamment depuis l'arrêt de la ligne régulière Épinal-Mirecourt - Paris-Orly et l'arrivée du TGV, le nombre de vols a été divisé par deux en dix ans (13 300 en 1998, pour 6 200 en 2007), tout comme le nombre de passagers (58 000 en 1998, pour 24 000 en 2007).
Un autre site, celui de Damblain, a offert dans le passé des infrastructures aériennes en tant que base de l'OTAN, mais il n'accueille plus aujourd'hui de trafic aérien. Le Conseil Général des Vosges a racheté ce terrain militaire et ses 302 hectares, idéalement placé à 5 km de l'autoroute A31, à laquelle il est directement relié depuis 2007 par une nouvelle route, et desservi par le chemin de fer. Des atouts qui ont séduit un logisticien et un pôle financier qui ont signé un accord avec le Département pour y créer un centre de logistique.
Le canal de l'Est, qui relie la Meuse et la Moselle à la Saône, traverse le département du nord au sud-ouest. Il emprunte les eaux de la Moselle de Charmes à Golbey, avant de bifurquer pour rejoindre la vallée du Coney, un petit affluent de la Saône à Corre (70). Mais il pâtit, au sud de Golbey, d'un tracé sinueux parsemé de nombreuses écluses et surtout, sur toute sa longueur vosgienne, d'une taille réduite qui ne permet pas la navigation à grand gabarit. Ce manque pourrait être comblé par l'ambitieux projet « Saône-Moselle » et ses 250 km entre Messein (54) et Pagny (21), qui permettrait de relier la Mer du Nord à la Méditerranée.

Économie Lorraine N° 158-159
Février 2009