Population active

Le taux d'emploi local reste élevé malgré une attirance accrue pour les marchés extérieurs

Thierry GUILLAUME - INSEE Lorraine

Résumé

Historiquement, le département des Vosges se distingue par un taux d'activité, notamment féminin, supérieur à la moyenne nationale. Après une baisse durant la décennie 90, la population active vosgienne croît à nouveau. L'agglomération spinalienne est le premier pôle d'emploi du département. Saint-Dié-des-Vosges, Remiremont et Gérardmer et une douzaine de pôles d'emploi ruraux complètent l'armature du marché du travail qui reste caractérisé par un fort taux d'emploi dans le département lui-même.
Le taux de chômage baisse mais il reste important. Il est marqué par un net clivage géographique : moins de 7,5% en 2007 en moyenne annuelle dans les zones d'emploi des Vosges de l'Ouest et de Remiremont-Gérardmer, mais nettement supérieur au niveau national dans la zone d'emploi de Saint-Dié, où il atteint 10,8%. Dans tout le département, les actifs sont moins diplômés qu'au niveau national, ce qui pénalise leur accès à l'emploi.
Le «papy-boom» à venir va peser sur le renouvellement des actifs, notamment dans les emplois stratégiques du département.

Sommaire

Publication

En 2005, la population active du département des Vosges est estimée à 173 400 personnes (1), soit 2% de plus qu'en 1999, ce qui correspond à 740 actifs supplémentaires chaque année. La hausse du nombre d'actifs est surtout alimentée par un apport de population féminine : entre 1999 et 2005, 87% des nouveaux actifs sont des femmes. Depuis plusieurs décennies, les Vosges se sont toujours distinguées par des taux d'activité masculin et féminin supérieurs à la moyenne nationale.

(1) Depuis 2004 et les enquêtes annuelles de recensement, le questionnaire permet de mieux cerner les actifs ayant un emploi étant par ailleurs étudiants ou retraités. De ce fait, une partie de l'évolution de la population des actifs est liée à ce changement de questionnaire.

Les ouvriers, catégorie sociale la plus représentée

En 2005, 63 400 salariés résidant dans les Vosges sont des ouvriers. Cela représente 44% des salariés du département. Ce taux est largement supérieur à celui de la Lorraine (37%) et à celui de la France métropolitaine hors Île-de-France (34%). Cette caractéristique est présente dans toutes les zones d'emploi. Elle est imputable au caractère très industriel du département, et s'accompagne d'un fort taux de féminisation du travail, dû lui aussi aux industries locales aux activités plus adaptées aux femmes (par opposition à la métallurgie présente dans le nord de la région par exemple). Ainsi, historiquement, dans le département, le taux d'activité des femmes a toujours été largement supérieur à la moyenne nationale. Les quatre zones d'emploi du département ne dérogent pas à cette règle, notamment celle de Remiremont-Gérardmer qui possède le plus fort taux d'activité féminin du département. Ce territoire est marqué par une longue tradition industrielle, où le textile a longtemps été le principal secteur pourvoyeur d'emplois.

Un marché du travail essentiellement local

En 2005, 88% des actifs occupés vosgiens résident et travaillent dans le département. Cette part est relativement importante par rapport aux autres départements lorrains : Meuse (80%), Meurthe-et-Moselle (80%) et Moselle (77%). Cependant, en une quinzaine d'années, les échanges avec les territoires voisins se sont accrus. Le nombre d'actifs occupés résidant dans le département et travaillant dans un autre territoire a presque doublé, passant de 7 100 en 1990 à 13 000 en 2005. Les Vosgiens vont ainsi pour 5 500 d'entre eux occuper un emploi en Meurthe-et-Moselle, dont une majorité (3 400) dans l'agglomération nancéienne. Les régions limitrophes, Alsace, Franche-Comté et Champagne-Ardenne attirent respectivement 2 700, 1 000 et 700 actifs vosgiens.
Dans l'autre sens, le département est pourvoyeur d'emploi pour 8 800 actifs n'y résidant pas (4 700 en 1990).

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Épinal, 1er pôle d'emploi vosgien

Avec plus de 60 000 emplois comptabilisés sur son territoire, soit près de quatre emplois vosgiens sur dix, la zone d'emploi d'Épinal est de loin le principal fournisseur d'emplois du département.
Au cours de la période 1999-2005, elle a fait preuve d'une plus grande attractivité que durant la décennie 90. Elle bénéficie d'un apport important d'actifs provenant essentiellement des autres zones d'emploi vosgiennes. Ce surplus d'actifs est majoritairement féminin.
L'arrivée de main-d'œuvre correspond à une croissance de l'emploi supérieure à la moyenne régionale, alors que la population active reste atone.
Si, en effet, certains secteurs traditionnels comme l'agriculture, l'habillement-cuir ou le textile, ont reculé, les services ont largement compensé ce déclin. Les services opérationnels (sélection et fourniture de personnel, enquêtes et sécurité, activités de nettoyage, assainissement, voirie et gestion des déchets ainsi que divers autres services fournis aux entreprises), ont à eux seuls généré 1 500 emplois, soit près de la moitié de la hausse de l'emploi.

Épinal, chef-lieu du département, et son agglomération offrent 36 000 emplois, dont près de 2 600 emplois de cadres et professions intellectuelles supérieures, soit 30% de ceux proposés dans l'ensemble du département. Le tiers de ces emplois sont occupés par des personnes ne résidant pas dans l'agglomération. Plus généralement, cette dernière attire en particulier les actifs des cantons environnants. Ainsi, 65% des actifs résidant dans le canton de Châtel-sur-Moselle, 30% et 34% de ceux de Dompaire et Xertigny travaillent dans l'agglomération spinalienne.
Son attractivité s'étend aussi dans les cantons de Bains-les-Bains et Charmes où un actif sur cinq effectue quotidiennement le trajet pour travailler à Épinal et son agglomération, et à un degré moindre dans ceux de Darney, Rambervillers et Remiremont où cette proportion s'élève à un sur huit.
Enfin, la Meurthe-et-Moselle, et majoritairement l'agglomération nancéienne, capte 13% des actifs du canton limitrophe de Charmes, situé sur l'axe Nancy-Épinal.

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Zone d'emploi de Saint-Dié : hausse importante du nombre d'actifs depuis 1999

Malgré le déclin rural amplifié par un recul des secteurs industriels tels que les biens intermédiaires et de consommation (surtout l'habillement-cuir, l'industrie textile, les produits minéraux, la chimie, le caoutchouc et les plastiques), la zone d'emploi de Saint-Dié bénéficie d'abord de la croissance de l'emploi interne, puis de l'accès à des emplois des zones voisines pour fixer sa population active sur le territoire. Ainsi, entre 1999 et 2005, l'emploi y a progressé de 500 postes, notamment grâce à un développement significatif des services opérationnels, surtout l'activité «prêt de personnel». Cependant, l'année 2004 a été difficile, avec une baisse de l'emploi de l'ordre de 600 postes. La hausse de l'emploi ainsi qu'une augmentation des navettes sortantes ont permis de faire face à la forte augmentation de la population active, tout en permettant une diminution du nombre de chômeurs pendant cette période.
En offrant 15 000 emplois, l'agglomération de Saint-Dié-des-Vosges est le deuxième pôle d'emploi du département. Plus de sept actifs sur dix résidant dans les cantons de Saint-Dié-des-Vosges (Est et Ouest) y travaillent également. Les habitants des zones voisines sont aussi attirés par l'agglomération déodatienne. Ainsi, le canton de Senones voit un quart de ses actifs occupés sortir quotidiennement de son périmètre pour aller exercer un emploi dans l'agglomération déodatienne, et cela représente même un actif sur trois dans les cantons de Fraize et de Provenchères-sur-Fave.

Vittel-Contrexéville, Neufchâteau et Mirecourt, pôles d'emploi des Vosges de l'Ouest

Après une baisse durant la décennie 90, la zone d'emploi des Vosges de l'Ouest enregistre depuis une stabilisation de sa population active. La hausse de l'emploi observée depuis plusieurs années a permis une baisse du nombre de chômeurs. Cette bonne tenue de l'emploi dans les Vosges de l'Ouest s'appuie à la fois sur l'industrie agroalimentaire, qui permet de compenser le recul du secteur du meuble, et sur les services opérationnels fournis aux entreprises.
La zone d'emploi possède trois pôles d'emploi majeurs : Mirecourt (4 500 emplois), Neufchâteau (4 700 emplois) et Vittel-Contrexéville (6 500 emplois), qui attirent avant tout des actifs de leurs cantons respectifs. Ce qui n'empêche pas qu'un actif sur trois résidant dans le canton de Bulgnéville travaille dans celui de Vittel. Ni que ce dernier attire aussi près de 20% des actifs des cantons de Lamarche et Monthureux-sur-Saône.
Deuxième pôle d'emploi du territoire, Neufchâteau capte surtout des actifs venant du canton limitrophe de Coussey, dont il est le premier fournisseur d'emplois et où l'emploi local n'intervient qu'en seconde position. De plus, dans ce canton de Coussey, un actif occupé sur sept exerce une activité en Meurthe-et-Moselle.
Enfin, le canton de Mirecourt, pourtant limitrophe à celui de Vittel, est avant tout tourné vers son emploi local. En effet, deux actifs sur trois travaillant dans le canton y résident. Son deuxième fournisseur d'emplois est l'agglomération spinalienne.

Des cantons autonomes dans la zone d'emploi de Remiremont-Gérardmer

Les agglomérations de Remiremont (10 800 emplois) et Gérardmer (5 100 emplois) sont les troisième et quatrième pôles du département. Comme dans les Vosges de l'Ouest, la zone d'emploi de Remiremont-Gérardmer a infléchi la tendance à la baisse de sa population active. Autre particularité commune, elle est confrontée à un très faible impact des navettes domicile-travail. Le territoire est caractérisé en effet par une forte autonomie de son marché du travail : les taux de navettes entrantes et sortantes rapportés à la population active de la zone d'emploi figurent parmi les plus faibles de la région. Ainsi, dans les quatre cantons composant la zone d'emploi, plus de six actifs sur dix travaillent dans leur canton de résidence. Et lorsque ce n'est pas le cas, ils travaillent principalement dans les autres cantons de la zone d'emploi, exception faite pour Remiremont. En effet, du fait de sa proximité avec Épinal et de la facilité d'accès (RN57, Transport Express Régional), 13% des actifs résidant à Remiremont effectuent chaque jour le trajet vers le chef-lieu du département.

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Le taux de chômage baisse mais reste à un niveau élevé

Fin 2007 dans les Vosges, le taux de chômage se situe à 8,2% de la population active, contre 7,5% en France métropolitaine. Depuis plusieurs années et jusqu'au début de l'année 2007, le taux de chômage du département était le plus fort des quatre départements lorrains. Actuellement, il est inférieur de 0,2 point à celui de la Meuse. Il suit la tendance nationale mais peine à rattraper son retard, malgré une forte baisse depuis le début de l'année.
Fin mars 2008, les Vosges comptent 12 450 demandeurs d'emploi (2), soit 3% de moins qu'un an auparavant. Cependant, il existe une certaine hétérogénéité suivant la catégorie socioprofessionnelle du demandeur. Ainsi, les ouvriers qualifiés, représentant le cinquième des demandeurs d'emplois, ont été plus nombreux depuis un an (+0,7%), tout comme les manœuvres (+0,9%), alors que dans le même temps toutes les autres qualifications enregistraient une baisse du nombre de demandeurs d'emploi.
Quelques observations supplémentaires caractérisent la situation des chômeurs vosgiens : la part des femmes est moins importante qu'en métropole (47,7% contre 48,4%). On constate depuis début 2008 une baisse très sensible du taux de chômage féminin (-19,1% sur trois ans et -30% sur neuf ans). Cependant, la part des jeunes de moins de 25 ans, comme celle des 50 ans et plus, est plus importante.

Au niveau infradépartemental, en 2007, le taux de chômage le plus élevé se situait dans la zone d'emploi de Saint-Dié (10,3%). La zone d'emploi d'Épinal affichait, elle aussi, un taux de chômage supérieur à celui observé en Lorraine (8,4% contre 7,7%). Les taux de chômage des zones d'emploi des Vosges de l'Ouest et de Remiremont-Gérardmer étaient, quant à eux, les plus faibles du département (respectivement 6,7% et 6,9%).

(2) Demandeurs d'Emploi en Fin de Mois (DEFM) catégorie 1 : demandeurs d'emploi à la recherche d'un emploi à durée indéterminée et à temps complet.

Risques de pénurie d'effectifs dans les emplois stratégiques

L'évolution démographique de la population active vosgienne reste toutefois marquée, comme ailleurs, par une tendance de fond qui correspond à l'effet mécanique de l'arrivée à l'âge de la retraite des générations du «baby-boom» de l'après seconde guerre mondiale.

Certaines familles professionnelles seraient ainsi exposées plus tôt que d'autres à un vieillissement de leurs effectifs : cadres et professions intermédiaires de la fonction publique, enseignants, contremaîtres et agents de maîtrise, cadres des banques et des assurances, cadres commerciaux, mais aussi et surtout les catégories avec transmission (et difficultés à le faire) de patrimoine et de savoir-faire (artisans, commerçants, agriculteurs).

Ces métiers touchés de manière plus précoce et importante par le «papy boom» concernent, pour une grande partie, les qualifications les plus élevées, à fort niveau de formation et qui constituent des emplois stratégiques pour le développement du département, que ce soit pour la conception de l'action publique, le management privé ou encore la fonction de formation et de recherche.

Enfin, la période à laquelle les besoins de renouvellement d'actifs sur ces métiers va survenir, correspondra sans doute à un creux dans les effectifs étudiants. En effet, les universités devraient bientôt commencer à subir un déficit d'entrées en études supérieures de la population lycéenne. Un risque réel existe donc de pénurie de compétences au moment du renouvellement des effectifs sur un certain nombre de fonctions supérieures.

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Économie Lorraine N° 158-159
Février 2009