Thierry GUILLAUME - INSEE Lorraine
Les perspectives démographiques du département apparaissent structurellement plus défavorables que celles de la Lorraine. À l’horizon 2030, sans modification des tendances démographiques observées au cours des quinze dernières années, les Vosges pourraient compter 362 000 habitants, soit 18 000 de moins qu’en 2006 et un nombre de décès supérieur à celui des naissances. Seuls les territoires situés en périphérie des agglomérations d’Épinal et de Saint-Dié-des-Vosges échapperaient à cette tendance et seraient en croissance démographique.
Parallèlement, la population vosgienne connaîtrait un vieillissement certain avec une augmentation de 46% du nombre de personnes âgées, dont un doublement du nombre de personnes de 85 ans et plus.
La réduction du déficit migratoire, une fécondité toujours élevée et un écart d’espérance de vie entre les hommes et les femmes qui continue à se réduire, ont permis d’enrayer la décroissance de la population vosgienne observée dans la décennie 1990. Toutefois, l’évolution démographique de ces dernières années risque de n’être qu’un sursis.
Les nouveaux scénarios de projections de population reposant sur les tendances observées durant la période 1990-2005, prévoient tous à terme une baisse de la population du département.
Si les conditions actuelles de fécondité, mortalité et de migrations perdurent, les Vosges perdront quelque 18 000 individus à l’horizon 2030. La population serait alors de 362 000 habitants. Cette baisse ne sera pas uniforme dans le temps. En 2015, par rapport à 2005, les Vosges ne perdraient que 4 000 habitants alors que, dans la décennie suivante, la diminution serait de l’ordre de 10 000 personnes.
Le vieillissement de la population se traduira par de moins en moins de naissances et davantage de décès. Le solde naturel, qui s’élève encore en 2006 à 430 personnes, pourrait devenir négatif à partir de 2010.
Cependant, certains territoires situés en périphérie d’Épinal et de Saint-Dié-des-Vosges allieraient encore solde naturel positif et croissance démographique.
En 2015, sous l’hypothèse d’une évolution tendancielle de la natalité, de la mortalité, des migrations et des comportements de cohabitation, le département pourrait compter 55 700 ménages, soit 12 500 de plus qu’en 2005. Cette croissance serait plus rapide les cinq premières années avec une hausse annuelle de 1 000 ménages. Entre 2010 et 2015, la croissance annuelle du nombre de ménages ne serait plus que de 800.
Le nombre de ménages progressant plus vite que la population, il en résulte une diminution de la taille des ménages. En effet, celle-ci est ainsi passée en moyenne de 2,6 personnes par ménage en 1990 à 2,3 en 2005 et pourrait atteindre 2,2 en 2015. Deux facteurs principaux influent sur cette évolution : la structure par sexe et âge de la population, et les comportements de cohabitation (à sexe et âge donnés).
L’évolution du nombre de ménages est ainsi due pour 40% à l’effet démographique. La croissance démographique et la déformation de la pyramide des âges entraînent mécaniquement une progression du nombre de ménages. Les générations du baby-boom arrivent aux âges où les enfants quittent en grand nombre le domicile familial. Les changements de comportement en matière de cohabitation pèsent également sur l’évolution du nombre de ménages. La décohabitation combine ainsi trois phénomènes : à partir de 65 ans, moins de cohabitation avec ses descendants et plus de personnes ayant connu le divorce ; aux âges intermédiaires, une augmentation des divorces et une désaffection pour la vie en couple ; enfin, chez les jeunes, un allongement de la période suivant le départ du foyer parental et précédant la mise en ménage.
En dix ans, le nombre de ménages devrait augmenter de 5%. Cette hausse est surtout due à l’augmentation des effectifs des ménages de plus de 65 ans (+1,5% par an). Ainsi, en 2015, ces ménages représenteraient 33% de l’ensemble des ménages, soit 3 points de plus qu’en 2005. L’effet est essentiellement démographique, cette hausse étant due à la fois à l’allongement de l’espérance de vie mais aussi au vieillissement de la population.
Le nombre de ménages dont la personne de référence a de 35 à 64 ans progresserait plus faiblement (+0,3% par an). Cette hausse du nombre de ménages est plutôt due à l’effet comportemental.
Les ménages dont la personne de référence a entre 25 et 34 ans seront moins nombreux en 2015, de l’ordre de 500. Cette diminution est avant tout due à l’effet démographique. Les conséquences de la modification des modes de cohabitation permettent quand même de relativiser cette baisse (de -1 300 à -500 ménages par an).
Quant au nombre de jeunes ménages (ceux dont la personne de référence est âgée de moins de 25 ans), il baisserait sensiblement, de l’ordre de 1,2% par an. L’effet démographique contribue très largement à cette évolution. En effet, les modes de cohabitation des jeunes ménages ne devraient évoluer que très faiblement. La part des jeunes vivant dans un ménage hors famille (en colocation par exemple) pourrait cependant augmenter du fait, entre autres, des difficultés à financer une installation dans un logement indépendant. Mais l’effet du comportement en matière de cohabitation sur l’évolution du nombre de jeunes ménages resterait négligeable, contrairement aux autres âges.
L’évolution est aussi contrastée suivant le type de cohabitation. Ainsi, d’ici 2015, le nombre de couples devrait baisser de 4% alors que les familles monoparentales et les personnes seules augmenteraient respectivement de 23% et 7%.
En 2006, le profil démographique des Vosges est déjà celui d’un département marqué par une surreprésentation du nombre de personnes âgées. Cependant, un clivage oppose des secteurs urbains ou périurbains «plus jeunes», proches des zones de marché du travail, à d’autres excentrés, ruraux ou post-industriels «plus âgés». Ainsi, la zone d’emploi d’Épinal compte actuellement la plus faible part de personnes âgées de 60 ans et plus (21%), devant celle de Saint-Dié (22%). Au contraire, les deux autres zones d’emploi sont déjà davantage touchées par le vieillissement.
Avec l’arrivée aux âges élevés des générations nombreuses du «baby-boom», la structure par âge de la population devrait fortement se modifier. À l’horizon 2030, les Vosges pourraient compter 125 600 personnes âgées de 60 ans et plus, soit 39 400 de plus qu’en 2006. Cela correspond à une hausse de 46% des effectifs. La proportion des personnes de 60 ans et plus dans la population passerait ainsi de 22% à 35%. Dans le même temps, le nombre de personnes de 85 ans et plus doublerait presque, passant de 7 300 à 13 800.
Tous les territoires seront concernés par l’augmentation du nombre de personnes âgées. Elle serait moins marquée dans les Vosges de l’Ouest où la progression ne serait que de l’ordre de 37%, soit dix points de moins que dans les autres zones d’emploi.
A contrario, la part des moins de 20 ans dans l’ensemble de la population du département serait ramenée de 24% en 2005 à 20% en 2020.
Par ailleurs, si l’on compte dans les Vosges 1,08 jeune de moins de 20 ans pour une personne de 60 ans ou plus en 2005, ce ratio irait en s’inversant très rapidement et ne serait plus que de 0,58 en 2030 (contre 0,77 en France métropolitaine).
Au poids démographique des personnes âgées qui s’amplifie d’année en année et constitue en lui-même un véritable enjeu en raison notamment de ses conséquences économiques et sociales (financement des retraites, accueil et hébergement, soins médicaux, protection sociale, etc.), il convient d’associer le rôle dans la société de ce groupe social en pleine croissance. L’implication plus grande des jeunes retraités dans de nouvelles activités bénévoles ou rémunérées - culturelles, associatives, de transfert de compétences, de solidarité, et aussi productives - constitue des sources de richesse pour la société. Mais en matière de choix politiques, par exemple, ce corps électoral qui vote de manière plus assidue, n’a pas les mêmes attentes et priorités que les jeunes couples.
La périurbanisation permet à quelques territoires d’enregistrer un excédent migratoire de trentenaires (30-40 ans) et de jeunes enfants. C’est notamment le cas des cantons situés en périphérie d’Épinal et de Saint-Dié-des-Vosges. À l’horizon 2030, cet excédent migratoire pourrait compenser le déficit naturel et permettre à ces territoires de stabiliser leur population.
L’installation de jeunes ménages devient donc un facteur fort de différenciation de dynamisme démographique entre les espaces. Pour ceux qui n’en bénéficient pas actuellement, tout l’enjeu est donc de devenir attractif auprès de ces populations en offrant non seulement des espaces de vie conformes à leurs aspirations mais aussi des emplois.
Reste que l’évolution future de la population dépend aussi de facteurs non démographiques dont les mouvements confirmeront ou non les scénarios. Ainsi, la fixation des actifs reste conditionnée avant tout par la situation du marché du travail.
Pour le futur, la non-dégradation de l’emploi permettrait de fixer les actifs sur place, voire d’en attirer de nouveaux. Ce phénomène, s’il se traduit par l’installation de couples, avec ou sans enfants, permettrait d’infléchir les projections. Avec une terre attractive quant au coût du foncier et des logements, les Vosges disposent d’atouts. Et l’élévation générale des diplômes constatée depuis 1999, constitue un signal positif car elle s’inscrit dans le sens souhaité d’une diversification vers des emplois plus haut de gamme.
Projection de population
Une projection n’est pas une prévision, mais une simulation, réalisée à l’aide d’un modèle mathématique, à partir d’hypothèses sur l’évolution des comportements démographiques basées sur des observations faites entre les recensements, et concernant la fécondité, la mortalité et le solde migratoire. Il permet de projeter dans le futur la population d’un territoire. On obtient ainsi un nombre d’habitants par sexe et par âge, année par année.
Les projections retenues ici ont été élaborées avec les hypothèses du scénario dit «central» : les taux de fécondité par âge sont maintenus à leur niveau de 2005 ; la mortalité baisse au même rythme qu’en France métropolitaine ; les quotients migratoires, calculés entre 1990 et 2005, sont maintenus sur toute la période de projection. Ils reflètent les échanges de population entre le département et l’extérieur. Toutefois, la projection départementale a été calée sur la nouvelle projection de population régionale, qui elle-même a été calée sur la population métropolitaine centrale publiée par l’Insee en juillet 2006, afin de tenir compte du solde migratoire national et de faire coïncider la somme des projections départementales et régionales avec la projection métropolitaine réalisée avec le scénario central.

Économie Lorraine N° 158-159
Février 2009